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Publié le , Modifié le 17 janvier 2014

L’interview du mois : Jennifer Létang, animatrice de prévention à l’ANPAA 75

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L’ANPAA 75 (Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie) est une association qui œuvre pour la prévention, l’intervention précoce, la réduction des risques et l’accompagnement pouvant mener aux soins, dans le domaine de l’addictologie (alcool, drogue, tabac, médicaments psychotropes, jeu excessif…). Jennifer Létang, animatrice de prévention dans cette association, a bien voulu se prêter au jeu de nos questions. Nous l’en remercions !

1- On parle beaucoup de l’alcoolisation des étudiants, est-ce un phénomène que vous constatez ?

Oui d’ailleurs les étudiants eux-mêmes en parlent très facilement, ce n’est pas un tabou. Mais il faut distinguer l’alcoolisation de l’alcoolisme. Souvent les gens les confondent. Pour eux, dès qu’on parle d’alcool, on parle d’alcoolisme. Ils n’imaginent pas qu’on puisse boire beaucoup (trop !) et prendre des risques immédiats pour sa santé (accidents de la route, coma éthylique etc.…) sans être alcooliques.

2- Qu’a-t-il de particulier ?

Les étudiants reconnaissent que leurs soirées « c’est avec de l’alcool ». Ils disent boire « que pour s’amuser », « pour faire la fête » (contrairement aux alcooliques qui eux, « ne savent pas gérer et sont dépendants de l’alcool »). Seulement quand on creuse un peu, on s’aperçoit que la « fête » c’est deux voire trois fois par semaine, surtout dans certains milieux comme dans les Grandes Écoles ou les Écoles d’Ingénieurs. Finalement ils boivent beaucoup d’alcool et assez souvent. C’est une alcoolisation festive, toujours entre amis, en fin de semaine, et qui peut être très fréquente et récurrente.

3- Comment les étudiants que vous rencontrez en parlent-ils ?

Ils en parlent facilement car ils ne voient pas en quoi ça peut poser problème : comme c’est juste pour faire la fête, il n’y a pas de problème. Pour eux, il y aurait un problème le jour où ils boiront pour oublier des soucis, ou qu’ils ne pourront pas s’en passer.

4- Ont-ils des demandes particulières par rapport à ça ?

Souvent ils ont des questions par rapport à la loi, notamment la conduite. Ils demandent combien de verres ça représente 0,5g d’alcool dans le sang (réglementation). Ce qu’il faut entendre derrière cette question c’est « combien je peux boire ?».
Ils peuvent aussi avoir des questions pour des proches pour qui ils s’inquiètent : un ami qui sortirait très souvent et boirait beaucoup d’alcool par exemple. Ils s’interrogent sur le seuil de la dépendance. Ils peuvent être inquiets pour les autres, mais rarement pour eux-mêmes.

5- Comment l’ANPAA75 leur en parle ?

On n’est pas là pour leur interdire quoi que ce soit ni pour les juger. Mais, par exemple, on essaye de leur faire remarquer les incohérences dans leur discours « je maîtrise VS j’ai quand même eu des épisodes de dérives ». On essaye de les sensibiliser aux comportements inadaptés qu’ils constatent chez les autres mais qu’ils ne voient pas chez eux, on les fait réfléchir aux idées fausses sur l’alcool.

6- Quels sont vos outils et vos actions en termes de prévention ?

Nos outils : le Simalc est un logiciel sur ordinateur qui permet de mesurer par simulateur, le taux d’alcoolémie. On rentre les caractéristiques d’une personne (poids, taille, sexe, dernier repas etc.…) ainsi que toutes ses consommations sur une soirée (heure approximative, quantité, fréquence…) Ça permet de tracer la courbe d’alcoolémie et d’estimer le temps nécessaire pour que l’alcoolémie redescende à zéro.
On utilise aussi des gobelets avec les graduations des verres standards. Ça permet de montrer que la dose servie dans un bar est rarement la même que celle servie par soi-même en fête ou à la maison. Ça va du simple au double et parfois plus : on a tendance à se servir soi-même plus généreusement !
On utilise également des quiz en lien avec le code de la route, par exemple.
On peut aussi créer des outils en fonction des demandes, des thèmes, des contextes d’intervention…
Chaque ANPAA peut avoir ses propres outils en fonction des publics et des problématiques rencontrés localement.

Nos actions : en général on tient des stands dans les universités ou on va à la rencontre de certains BTS du secteur social ou paramédical en montant des projets avec eux. Ce sont des projets sur une année scolaire où ils fabriquent des outils de prévention qu’ils diffusent auprès des autres étudiants de leur lycée.
Pour toucher des étudiants, on peut travailler aussi en partenariat avec des auto-écoles, ou lors de soirées en milieu festif (bars, discothèques…). Sur Paris, on a un partenariat avec l’association Fêtez clairs qui propose une charte de « bonne conduite » pour les bars et discothèques.
En région, les antennes ANPAA travaillent beaucoup avec les associations locales, par exemple en Bretagne ce sont avec les organisateurs de Fest Noz que l’ANPAA va collaborer.
On peut travailler aussi avec certains BDE (Bureau Des Élèves) en les aidant à construire en amont leurs soirées par la mise en place de mesure simples de précaution comme par exemple, prévoir une équipe de premiers secours sur place, proposer des boissons non alcoolisées à un prix inférieur que les boissons alcoolisées etc.…

7- A quelles difficultés vous heurtez-vous lors de vos actions de prévention auprès de ce public ?

Ce qu’on observe le plus, c’est une espèce de déni : les étudiants ne se rendent pas compte de la quantité d’alcool qu’ils peuvent ingérer et du taux d’alcoolémie qu’ils peuvent atteindre. Ils savent le nombre de verres qu’ils boivent, mais ils ne se rendent pas compte de la quantité d’alcool que ça représente. Ils ont souvent l’impression qu’ils sont raisonnables et qu’ils maîtrisent ce qui leur arrive.
Cette notion de maîtrise revient aussi par rapport à la route d’ailleurs : ils ne comprennent pas pourquoi la réglementation est si sévère car à 0,5g ils ont vraiment l’impression d’être totalement maîtres d’eux-mêmes. Ce n’est pas facile de leur faire comprendre que ce n’est pas parce qu’ils se sentent bien qu’ils sont à 100% de leurs capacités pour maîtriser un véhicule.
S’ils ont du mal à venir au début, ils sont quand même contents une fois qu’ils sont sur le stand.

8- Vers qui ou vers quoi orientez-vous les étudiants que vous sentez en difficultés ?

Je les oriente en premier lieu vers nos Consultations Jeunes Consommateurs. Elles sont anonymes et gratuites et ont pour but de faire un point sur la situation pour éventuellement réorienter ensuite vers une prise en charge plus suivie. Le travail va s’axer autour de la réduction des risques et d’une réflexion sur le type de consommation. Si on décèle un problème d’alcoolisme, on peut orienter vers un centre d’addictologie.

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